Valeurs ajoutées (premier extrait)

Un premier extrait de Valeurs ajoutées, le prochain livre de la collection Et Hop prévu pour octobre 2010.

Jugement. À quoi comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins qui, adossés aux murs vautrés près des fontaines du centre commercial, en interpellent d’autres en disant : « Nous avons joué de la musique et vous n’avez pas dansé ! » — « Nous avons craché notre malheur et vous n’avez pas pleuré ! » Paul a changé son statut six fois aujourd’hui et pas un commentaire. 14-« Vous avez un message » — le premier de lui depuis plus d’une éternité — trois fois, dans la cour il a fait mine de ne pas me reconnaître. Tu parles que j’ai quelque chose de personnel contre ta face, mais là n’y suis pour rien tu as choisi : attendre. Regarde bien sur tes écrans à l’en creux auditif à ta ceinture à ton poignet s’élargir le stigmate de l’indifférence. La leur. La tienne, finalement. Mon silence a lui une autre signification. Je sais ce qu’on dit de moi — absent de corps, mais présent d’esprit, j’ai déjà jugé.

Mais il semble bien que les hommes d’affaire, les étudiants, les mères de famille, et les célébrités — c’est-à-dire des individus appartenant à toutes les couches de la société — reçoivent, eux aussi, dans leur vie de tous les jours, de mystérieuses impressions concernant le futur.

Expérience de clairvoyance pénétrante. C’est loupé.

Il aime utiliser la Vieille langue, dite « maternelle », pour énoncer le Nouveau. La Nouvelle Alliance qu’a choisi d’ignorer, dès trois ou quatre siècles en amont, le Nouveau Monde — n’en conservant, pense-t-il, que l’image, le rose, le bleu pastel, sourd sauf à la voix du Père. Théorie un rien trop belle, servant son but obscur, le Pari1, compilée de notices, d’exergues de romans.

Il s’est lassé — à son corps défendant l’enfance à lui arrachée — de la rafraîchissante naïveté du satanisme, s’est écorné racorni le sentait-il à mesure qu’il décrochait les posters des murs de sa chambre, ses parents imbéciles applaudissaient.

Il a défendu à sa mère d’ôter les étoiles fluo d’au-dessus de son lit, héritage d’enfants qu’il espère morts. Dernière et coupable nostalgie, proverbiaux clous d’argent à la tapisserie du ciel.

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